Aux frontières de la
musique électronique et d’un certain son métallique, le duo suisse
romand a construit son univers mécanique où les guitares distordues de
Disco Dave flirtent avec les ambiances de Gilles le bidouilleur
synthétique. Moins speedés que leur musique, les deux géniteurs de ce
puzzle musical se sont prêtés au jeu de l’interview avec Murmures dans
un haut lieu de la musique genevoise le temps de faire le point sur
leur riche actualité. “Urban Guerilla” est sorti depuis quelques mois déjà. Quel fut l’accueil pour ce deuxième disque ? > Il fut très bon et cela se traduit par des commentaires de fans ayant acquis son prédécesseur qui ont tout de suite remarqué une amélioration, voire maturité. Pour l’instant, tout est positif. En même temps, les gens qui nous connaissaient avant savaient à quoi s’attendre et il serait curieux que ceux qui appréciaient notre musique n’apprécient pas ce nouvel album mieux réalisé. Pour le prochain album, nous ne pensons pas avoir un tel écart de niveau si ce n’est dans l’originalité. Est-ce une sorte de concrétisation de se retrouver sur I-Tune Music Store lors de la sortie de ce produit en Suisse ? > Cela nous fait extrêmement plaisir car le tri est très sélectif. Suite à la visite sur notre website et après écoute de nos productions, ils nous ont admis et nous en sommes ravis car nous nous retrouvons en compagnie des grands. Nous n’avons pas à nous sentir une ligue en dessous parce que l’inscription ne laisse aucun espace aux groupes pour plaider leur cause : il y a un formulaire avec des champs à remplir qui empêchent l’ajout d’arguments. Le fait d’avoir été admis est un gage de la crédibilité de nos productions aux yeux de professionnels. Qu’est-ce qui motive votre choix de ne pas vous produire en live ? > Il ne s’agit pas d’un choix, mais plutôt de contraintes qui nous maintiennent hors du live car techniquement parlant nous ne sommes que deux et la transposition avec des musiciens en direct serait difficile pour redonner un élan identique à celui des morceaux. Comme nous préférons nous abstenir de faire quelque chose plutôt que de mal le faire et que nous n’avons pas encore trouvé de solution pour le faire, nous ne le faisons pas pour le moment. Nous pourrions nous produire live en utilisant des bandes car tout ne peut pas être reproduit sur scène et nous n’avons pas envie de tricher ou de faire penser que c’est possible de le faire sur scène. Si tout à coup nous trouvons six personnes pour nous donner main-forte éventuellement. Cette question est récurrente cependant dans les artistes électroniques, beaucoup ne se produisent pas live et nous trouvons notre satisfaction ailleurs dans ce que nous faisons. En plus de vous deux sur scène, comment verriez-vous une performance live ? > Comme nous bidouillons beaucoup nos morceaux, nous ne pourrions pas reproduire beaucoup de choses qui sont éditées informatiquement parlant. Un deuxième voire troisième guitariste serait nécessaire et au moins autant de personnes derrière des keyboards. Visuellement parlant cela serait tellement pauvre sans des artifices visuels vu l’absence de chanteur et le calcul de tout ce qu’il faudrait mettre en place pour reproduire cela sur scène représente une telle somme de travail que nous préférons utiliser notre énergie pour notre travail studio. Le résultat final serait aussi proche de ce que serait un dvd sur lequel de la musique a été mise par exemple dans le domaine du sport extrême. Nous adorons les concerts de rock et serions frustrés de ne pas réussir à leur arriver à la cheville avec notre éventuelle prestation. Comme vous n’êtes que deux dans ce groupe, comment vous répartissez-vous les tâches ? > Comme nous répétons le samedi, Gilles prépare les sons et morceaux pendant la semaine et Disco Dave y pose ses guitares. Les morceaux ne sont jamais totalement édités ce qui leur redonne un élan. Sinon nous travaillons une série de boucles de base comme le refrain puis nous habillons l’avant et l’après ce qui donne la structure des morceaux. Après la sortie de “Urban Guerilla”, Gilles s’est surtout occupé de nous rendre présent sur Internet et Disco Dave s’est occupé de la partie média ainsi que de la distribution tout en collaborant pour atteindre et contacter certaines sociétés. Nous sommes très complémentaires. Vos morceaux sont totalement instrumentaux si ce n’est quelques collages de voix samplées. Qu’est-ce qui vous pousse à ne pas inclure des slogans ou paroles dans ceux-ci ? > Les slogans sont déjà repris car les passages collés ne sont jamais pris par hasard. Pour le morceau “Peakoil”, un discours de Georges Bush, avant l’invasion de l’Irak, a été samplé et les mots sélectionnés ne le sont pas au hasard. Pour ce qui est de nos propres voix, comme nous sommes tous deux de piètres chanteurs, si quelque chose devait se faire ce serait plutôt quelque chose de rappé et transformé pour ne pas que nous puissions être reconnaissables. Prendre quelqu’un pour le chant nous embête car nous fonctionnons bien tous les deux comme cela avec ces voix collées. Nous ne cherchons aucunement à être moralisateurs, c’est à chacun de se faire sa propre idée sur ce que nous faisons. Pour les samples, nous pensons qu’ils représentent assez une époque et de les graver permet de replacer les morceaux dans un contexte précis. Comment s’opère le choix des titres dans ces circonstances ? > En cinq minutes souvent. Comme nous travaillons un morceau durant une semaine environ, nous tirons les titres de ce qui nous est arrivé ou de ce qui nous a interpellés. Concrètement pour “Deathtoll On High Ways” une session qui devait débuter à une heure donnée et finir à un moment précis a été fortement écourtée parce que quelqu’un avait décidé d’augmenter les statistiques de morts sur l’autoroute. “Peakoil” parle de la politique va-t-en-guerre des Etats-Unis et puis il y a des petits jeux de mots comme sur “Comp’Hacked”. Ce qui nous entoure et les marques nous inspirent beaucoup pour autant que ce soit compatible avec ce que nous faisons, il n’y a guère de chance qu’un de nos futurs titres se nomme “Bonbon Rose”. Le titre de l’album était fixé d’avance et nous avons tourné autour de ce pôle avec un côté agressif, voire cynique-aggressif, qui ne relâche jamais la pression pour l’auditeur. Quelles émotions désirez-vous faire passer à vos auditeurs ? > Si nous nous comparons à la mouvance industrielle-gothique, nous sommes moins sombres et essayons d’avoir des côtés plus rock’n’roll. Nous tentons de faire des morceaux qui bougent avec un côté industriel et entraînant ; ce que nous ne pouvons pas écouter en boîte. L’artwork de “Urban Guerilla” est empreint d’une agressivité latente. Pourquoi y indiquer les coordonnées d’un site à bombarder ? > Il s’agit une fois de plus de notre humour décalé. Il s’agit plus d’un clin d’œil que d’une incitation. L’ennemi public numéro un est connu de tout le monde et il ne s’en cache pas. Certains trouveront ça inadmissible voire incorrect, mais il s’agit de donner un coup de pied dans la fourmilière plus que de défendre un côté moral. La Suisse est tellement consensuelle que nous profitons de faire ce que nous reprochons aux autres. Comme pour la balle de fusil qui orne notre jaquette : le résultat est super efficace. Quand nous regardons dans certaines enseignes qui ne s’embêtent plus à classer les nouveautés, mais les mettent dans un coin du magasin, nous trouvons en moins de dix secondes notre production. Où en sont vos démarches par rapport à votre participation sur des bandes originales de sports extrêmes ? > Principalement ces productions sont filmées en Europe de mars à avril. D’avril à mai-juin, le montage est effectué et à partir du montage terminé, les boîtes partent en quête avec leurs athlètes pour le choix des morceaux. Toutes ces entreprises nous ont déjà confirmé leur intérêt, les athlètes choisissant eux-mêmes les titres, nous devons encore refaire le point et seront fixés le mois prochain. Nous serons présents sur celui de Géraldine Fasnacht dont le premier extrait inclus déjà notre musique. Le skate est plutôt orienté punk et hip hop ; nous nous sommes concentrés sur le snow-board, le base jumping et le motocross. Comment expliquez-vous le regain d’intérêt actuel autour de l’indus et de l’electroclash ? > Nous ne le percevons pas et n’avons pas l’impression que les gens reviennent là-dessus. Quelles sont vos relations avec cette scène ? > Délicat car nous n’en venons pas. Tout le monde ne nous aime pas, mais tout le monde ne nous adore pas non plus ! Dans le milieu de la house, certains pensent que comme il n’y a pas qu’un rythme binaire nous faisons déjà du rock et dans l’univers rock, pour certains, le fait d’inclure des claviers n’est pas concevable. Sans se dissocier des mouvements, nous ne cherchons pas nécessairement à nous y associer. Quelle est la prochaine grande étape pour le groupe ? > Le troisième album et la sortie, enfin, de tous ces dvd de sports extrêmes qui était à la base un de nos buts inconsciemment. Typiquement le fait que la TSR utilise notre musique pour ses chroniques de jeux vidéos, milieu auquel nous ne sommes pas associés, nous fait extrêmement plaisir quand bien même notre approche n’ait jamais été motivée par l’aspect commercial. Nous sommes là pour nous faire plaisir et éviter de boire ainsi que de prendre de la drogue. Nous voulons repousser notre imagination de plus en plus loin. Dans le domaine de la musique électronique tout est possible et la seule barrière c’est nous-mêmes. |